Economic Update

Incertitudes autour de l’emprunt obligataire mais amélioration des perspectives budgétaires au Sénégal

Senegal | 16 Oct 2013

In English

Un nouveau Ministre de l’Économie et des Finances a été nommé au Sénégal, suite à un remaniement ministériel qui intervient au moment où le pays se prépare activement à émettre son second emprunt obligataire de type Eurobond. Si le pays espère vivement obtenir un taux d’intérêt intéressant, les questions qui entourent le programme de rachat d’obligations du département du Trésor américain pourraient ralentir la vente des titres publics.

Émissions obligataires

Le remaniement ministériel – à l’occasion duquel l’ancien Ministre de l’Économie et des Finances Amadou Kane a cédé la place à Amadou Bâ, anciennement à la tête de la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) – intervient à un moment crucial. Le Sénégal s’apprête à émettre d’ici la fin de l’année un second emprunt obligataire international de 500 millions de dollars, d’une durée de 10 ans. Cet Eurobond servira à remplacer la dette existante pour profiter de taux d’intérêt plus abordables et permettra de réduire le recours nécessaire au financement à court terme des marchés régionaux, ce qui contribuerait à diminuer le déficit budgétaire et à financer de nouveaux projets.

Pas plus tard qu’en juin, le Sénégal espérait émettre ces obligations à un taux de 6%, bien inférieur au taux de 9,2% de son Eurobond de 2011. Un chiffre qui semblait raisonnable compte tenu des nombreux dollars qui ont déferlé sur les marchés frontières d’Afrique sub-saharienne et que les investisseurs espèrent voir fructifier : en avril, le Rwanda a émis de la dette à un taux de 6,9% et en juin le Nigéria en a fait de même, à 6,6%. À la fin du premier semestre 2013, les pays sub-sahariens, à l’exception de l’Afrique du Sud, avaient annoncé des projets de lancement d’emprunts obligataires d’un total de 7 milliards de dollars, soit plus qu’en l’espace des cinq dernières années.

Certains analystes ont toutefois prédit que le taux d’intérêt de l’emprunt obligataire en projet pourrait atteindre jusqu’à 8,75%, ce qui correspondrait au rendement de l’Eurobond 2011, qui s’élevait à 8,7% à la mi-juin, contre 5,5% début mai. Le Sénégal adopterait, du fait de cette augmentation des coûts, une position attentiste quant à l’émission.

En attendant, l’emprunt obligataire lancé sur le marché sénégalais a été couronné de succès. En juin, le gouvernement a mobilisé 65 milliards de francs CFA (100 millions d’euros) à un taux 6,5%, soit un montant bien supérieur à l’objectif de 50 milliards de francs CFA (80 millions d’euros). L’emprunt a attiré 611 souscripteurs, selon la répartition suivante : 44% de banques, 36,8% d’investisseurs de long terme et 10,4% de personnes individuelles. C’est la première fois que le pourcentage d’investisseurs individuels dépasse la barre des 5%. La somme mobilisée servira à financer le développement d’infrastructures, avec une enveloppe de 25 milliards de francs CFA (40 millions d’euros) destinée aux routes et 21 milliards de francs CFA (30 millions d’euros) prévus pour des projets de lutte contre les inondations.

Situation budgétaire

Malgré le contretemps auquel pourrait faire face l’émission d’Eurobond, le gouvernement maintient le cap sur la santé budgétaire du Sénégal, avec un déficit qui continue de baisser, s’affichant à 6% du PIB en 2012 contre 6,7% en 2011. L’objectif pour 2013 avait été fixé à 5% mais relevé à 5,3% en raison de dépenses imprévues suite aux inondations de fin 2012 et à la situation au Mali. Les estimations d’analystes privés quant au déficit budgétaire pour 2013 sont légèrement plus élevées et s’étalent entre 6,2% et 6,7% du PIB, mais prévoient des réductions sur le moyen terme.

En juin, le gouvernement a réaffirmé au FMI sa volonté de faire passer son déficit sous la barre des 4% du PIB d’ici 2015. Les importantes réformes entamées fin 2012 et début 2013, parmi lesquelles une réforme approfondie de la fiscalité adoptée au mois de janvier et une restructuration opérationnelle et financière de la société d’électricité SENELEC, devraient y contribuer. Le soutien direct et indirect à la SENELEC a représenté 2,5% des dépenses publiques en 2012.

Au vu des mesures en cours visant à la réduction du déficit et de l’engagement général du gouvernement à améliorer l’environnement d’investissement, Standard & Poor’s (S&P) a décidé de faire passer de la catégorie « négatif » à « stable » les perspectives du pays. S&P a maintenu sa note B+ pour la dette sur le long terme du Sénégal.

En attendant, d’autres indicateurs économiques semblent prometteurs. La Banque Africaine de Développement table sur une croissance du PIB de 4,3% en 2013 et de 5,1% en 2014. L’inflation reste maitrisée, affichant 1% au cours des 12 derniers mois, selon les derniers chiffres publiés par le gouvernement.

Les principales menaces extérieures qui pèsent sur les perspectives économiques du Sénégal restent la crise que traverse actuellement la zone euro et la situation sécuritaire au Mali. Sur le plan intérieur, les défis liés aux infrastructures demeurent, notamment en ce qui concerne les dépenses énergétiques, mais ils continuent de constituer une priorité du gouvernement, du FMI et des parties prenantes privées. Étant donné que les priorités des responsables politiques sont bien ciblées, le Sénégal devrait connaître une amélioration régulière de sa position économique sur le moyen terme.

 

Senegal’s bond sale uncertain but fiscal outlook improving

En Français

A cabinet reshuffle has led to the appointment of a new finance minister in Senegal, coming just as the country is laying the groundwork for its second Eurobond. Although hopes are high for competitive interest rates, questions of the US Treasury’s buyback programme may slow the sale of the government paper.

Bond issuances

The cabinet changeover – which saw former finance minister Amadou Kane replaced by Amadou Ba, the previous general director of taxes and state property – come at a critical time. Senegal has been preparing to sell a $500m, 10-year bond later this year, its second international offering. The planned Eurobond is intended to replace existing debt at more affordable interest rates and reduce reliance on short-term financing from the regional market, helping reduce the budget deficit and finance new projects.

As recently as June, Senegal hoped to issue the bonds at 6%, well below the 9.2% rate on its 2011 Eurobond. The expectation seemed reasonable given the flood of investment dollars looking for yield in the frontier markets of sub-Saharan Africa: Rwanda issued debt at 6.9% in April, followed by Nigeria at 6.6% in early July. As of mid-year, sub-Saharan countries excluding South Africa had announced plans to place $7bn of bonds in 2013, more than in the past five years combined.

However, some analysts have predicted that the interest rate on Senegal’s planned note could be as high as 8.75%, consistent with the yield on the 2011 Eurobond, at 8.7% in mid-June, up from 5.5% in early May. With an increase in the cost, Senegal is reported to be taking a “wait and see” approach on the issuance.

In the meantime, Senegal has had success selling debt in the local market. In June, the government raised CFA65bn (€100m) at 6.5%, well above the CFA50bn (€80m) target. The bond attracted 611 subscribers, of which 44% were banks, 36.8% were long-term investors and 10.4% were individuals, the first time the percentage of individual bond investors has exceeded 5%. The funds will finance infrastructure developments, including CFA25bn (€40m) for roads and CFA21bn (€30m) for flood control projects.

Fiscal picture

Despite the potential setback to the Eurobond issuance, the government remains focused on Senegal's fiscal health, including a continued reduction in the budget deficit, which stood at less than 6% of GDP in 2012, down from 6.7% in 2011. The target for 2013 had been set at 5% but was raised to 5.3%, due to unforeseen expenditures related to the floods in late 2012 and the security situation in Mali. Private analysts’ estimates of the budget deficit for 2013 have ranged slightly higher, at 6.2-6.7% of GDP, but with expected reductions in the medium term.

The government informed the IMF in June that it remains committed to the goal of lowering the deficit to less than 4% of GDP by 2015. Major reforms begun in late 2012 and early 2013 should help, including comprehensive tax reform enacted in January and operational and financial restructuring at SENELEC, the electricity producer. Direct and indirect support for SENELEC accounted for 2.5% of state expenditures in 2012.

Ongoing deficit reduction measures and the government’s overall commitment to improving the investment environment prompted Standard & Poor’s (S&P) to upgrade the country’s outlook from “negative” to “stable” in July. S&P maintained its B+ rating for Senegalese long-term debt.

Meanwhile, other economic indicators show promise. The African Development Bank has forecast 4.3% GDP growth in 2013 and 5.1% growth in 2014. Inflation remains under control, at 1% over the past 12 months, according to the latest government figures.

The primary external threats to the Senegalese economic outlook remain the ongoing crisis in the eurozone and the security situation in Mali. Domestically, challenges with infrastructure, including energy expenditures, are ongoing but remain a constant focus of the government, IMF and private stakeholders. Given that the priorities of policy leaders are in the right place, Senegal is expected to see steady improvement in its economic position in the medium term.

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